Prédications


Culte du 18 mai


Frères et sœurs, chers amis,

Nous sommes invités ce matin à retrouver dans l’Évangile de Jean, un des versets les plus célèbres du Nouveau Testament :

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. »

Ce verset se situe au chapitre 3, au cours de l’entretien de Jésus avec Ni-codème. Nous avions lu ensemble, il y a quelque temps, les trois premiers chapitres de cet Évangile si différent des autres. Les évangiles de Marc, Mat-thieu et Luc décrivent plus ou moins le ministère de Jésus et font de lui l’envoyé ultime de Dieu dont l’annonce du règne va de pair avec l’amour du prochain. L’Évangile de Jean présente Jésus sous une autre perspective, où le Christ se présente lui-même en tant que révélateur de la présence de Dieu.
Pour mieux situer le verset choisi, rappelons les principaux épisodes du début de cet Évangile qui le précèdent. 
Les dix-huit premiers versets du premier chapitre sont un hymne célè-bre, connu sous le nom de « prologue », qui commence ainsi :

« Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu et la parole était Dieu… »

Ce passage très ésotérique, célèbre l’incarnation parmi les hommes, du Christ comme « verbe » ou parole de Dieu, lumière du monde. Cette bonne nouvelle de la venue du Messie est ensuite proclamée par Jean-Baptiste, le Précurseur. Suivent la rencontre et le recrutement des premiers disciples, puis le récit du mariage à Cana, l’épisode haut en couleur des marchands chassés du Temple, enfin, au chapitre trois, la visite nocturne de Nicodème, docteur de la loi juive, auprès de Jésus. Le dialogue rapporté par l’Évangile est un modèle de malentendu et d’incompréhension du message du Christ. C’est un échange déséquilibré entre des interlocuteurs qui ne sont pas sur la même longueur d’onde. Le pharisien Nicodème, comme tous ses semblables lorsqu’ils ques-tionnent le Christ, n’est pas en mesure d’intégrer la nouveauté radicale de l’Évangile. Il pratique le culte hébraïque, respecte scrupuleusement la loi, mais ne peut comprendre ce que sont la grâce et la foi.
Si l’on s’en tient au portrait robot du bon pharisien selon les Évangiles, on peut dire de lui qu’il se lave les mains avant de manger, fait ses prières haut et fort, procède à des sacrifices de viande, fait l’aumône chichement et adore ergoter sur des points de doctrine.
Il est pourtant plein de bonne volonté et deviendra un disciple secret de Jésus. Après la crucifixion, c’est lui qui offrira les aromates pour embaumer le corps du Christ. Dès le début de la rencontre, il appelle Jésus « Rabbi », ce qui veut dire maître ; il le reconnaît comme envoyé de Dieu, mais, par un aveu-glement incroyable, il ne réclame de lui qu’un enseignement traditionnel de la loi, tel qu’on le pratique à la synagogue. Jésus doit alors s’expliquer longue-ment afin de répondre à ses questions qui sont franchement « à côté de la pla-que », comme on dit familièrement. Il ne comprend rien à la nouvelle nais-sance que représente le baptême, ni au pouvoir de l’Esprit Saint. Lorsque Jésus lui parle de naître d’en haut, il demande « Comment un home peut-il rentrer dans le ventre de sa mère et naître une deuxième fois ? » Il connaît forcément la violence avec laquelle Jésus a chassé les marchands du Temple, juste avant leur rencontre, mais ne comprend pas que, par ce geste, Jésus remet en ques-tion les traditions sclérosées. Il ne réalise pas que les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes sont les preuves matérielles des sacrifices d’animaux qui ont lieu dans le temple de Jérusalem.
Le verset d’aujourd’hui est au centre de ce dialogue inabouti ; on peut l’éclairer par les versets qui le suivent immédiatement :

« Dieu, en effet, n’a pas envoyé son fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui, n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au fils unique de Dieu  Et ce jugement c’est que la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal hait la lumière…. »
    
De fait, ces paroles de Jésus ne sont pas forcément plus simples à com-prendre pour nous aujourd’hui, mais nous disposons de quelques clés nouvel-les que Nicodème, malgré toute sa science hébraïque, ne possédait pas. À ce moment-là, le Nouveau Testament n’était pas écrit et le scandale de la cruci-fixion  annoncée par Jésus à Nicodème sous la forme de l’image du serpent d’airain élevé par Moïse dans le désert, ne s’était pas encore produit.
L’affirmation proclamée ici par Jésus soulève de nombreuses difficultés. Pour commencer, la révélation de l’amour illimitée de Dieu (le tellement de notre traduction) pour l’humanité et l’humanité toute entière — le mot grec dans l’évangile est cosmos — n’est pas de l’ordre de l’évidence. Elle nous questionne sur deux plans. Le premier est anthropologique et tristement simple à expliquer : comment comprendre que Dieu aime l’humanité toute entière alors que les sociétés humaines se construisent autant sur les valeurs qui les unissent que sur la haine partagée d’un ennemi commun, l’actualité étant mal-heureusement là pour le prouver. Rien de tel qu’un bon djihad ou qu’une bonne croisade pour souder et motiver une nation réelle ou fantasmée. Le se-cond plan concerne clairement de notre foi : comment comprenons-nous l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous et sommes-nous prêts à le rece-voir ?
L’amour de Dieu envers les hommes est présent à travers toute la Bible, mais pour les Juifs il se manifeste plus particulièrement envers le peuple élu dont ils sont membres. En revanche, l’universalité est une nouveauté procla-mée de manière originale dans le Nouveau Testament à de multiples occa-sions, tellement connues que je n’ai pas besoin de les rappeler ici. Cet amour universel, aussi difficile soit-il à accepter par l’humanité à travers les siècles, n’est pas totalement incompréhensible dans la mesure où nous nous efforçons de pratiquer un humanisme évangélique teinté de philosophie des lumières.  Cet apport de l’Évangile a quelque chose à voir avec les droits de l’homme, tels que nous les comprenons aujourd’hui. En revanche, ce que nous peinons surtout à accepter, c’est la surabondance de l’amour de Dieu, sa nature illimi-tée, difficile à concevoir pour les pauvres humains que nous sommes, englués dans les soucis quotidiens.
Le don de Dieu en la personne de son fils unique n’est pas ici de l’ordre du sacrifice. Il ne faut pas le comparer au sacrifice d’Abraham. L’image par trop répandue du Christ agneau de Dieu est un contresens dangereux. Le don de Dieu est avant tout la révélation, l’incarnation de sa Parole, de son Verbe, de sa puissance. Nous sommes invités à le vivre comme un formidable espoir pour tous les hommes, pour chacun de nous ici et maintenant. Celui qui croit, celui qui manifeste sa foi en Dieu par Jésus Christ ne périra pas, sera sauvé, ne sera pas jugé, ne sera pas perdu, selon les diverses manières de dire la grâce de Dieu. Car si le mot n’est pas prononcé, c’est bien de cela qu’il s’agit. Cette grâce est liberté, selon l’image de la lumière au verset 21 :

« Mais qui pratique la vérité vient à la lumière pour qu’il soit manifeste que ses œuvres sont le travail de Dieu. »

Ce qui fait de nos œuvres, non pas un passeport pour le paradis, mais le témoignage de notre foi et de notre reconnaissance envers Dieu.
Enfin le verset se termine sur cette question majeure pour les croyants : celle de la vie éternelle. Il n’est pas ici question de résurrection de la chair comme nous le proclamons dans le symbole des apôtres ou d’une quelconque vie après la mort qui nous fait un peu rêver au moment où nous perdons un être cher. Il s’agit très simplement, si nous nous référons à l’Évangile de Jean chapitre 17, verset 3, de notre foi :

« Or la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi le seul Dieu véritable et ton envoyé Jésus Christ. »
 
Il n’est plus question ici de récompense ni d’héritage à venir, mais d’entrer dans la vie éternelle, la vie en abondance. Cette compréhension de la vie éternelle est cohérente avec la présentation du jugement dans l’Évangile de Jean. Le jugement n’est pas « à venir » à la fin des temps, il se produit le jour de notre rencontre avec le Christ en réponse à notre foi. La vie éternelle est un don de la grâce et de l’esprit de Celui qui, devant la mort, se tient toujours au côté des vivants.

Amen.             

Philippe Wender

Culte de Pentecôte du 11 mai 2008 sur Rm 8,1-17 ; Ac 2,1-11 ; Jn 20,19-23a. Chants : 33,1-4-5 ; 35-19 ; 35-06 ; 34-18.

Je ne sais pas si vous avez bien perçu ce texte difficile et je vais vous y aider ; mais avant tout, je veux vous faire prendre conscience qu’il commence par une bombe. En fait, je ne devrais pas parler de bombe mais plutôt de joyau. Ce que je veux dire c’est que cette phrase a en elle quelque chose d’extraordinaire, qui secoue et dont on ne peut apprécier toute la force rapidement mais après avoir réfléchi sur son sens : « Il n'y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ ».

Un premier élément ancien qui peut nous donner à ressentir cette force. Quand on regarde  l’histoire de l’église chrétienne, on s’aperçoit que son message a été assez culpabilisant pour les croyants, dans leur comportement ; eh ! bien, c’est ici affirmé : le message de la bonne nouvelle n’a pas pour but de culpabiliser mais de libérer ; c’est donc une erreur de l’église et je dirai même que cela a été son péché. Oui, je le crois comme Paul l’affirme, il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. Pour nous aujourd’hui, peut-être que cela ne fait pas beaucoup d’effet parce que personne d’entre nous ne se sent condamné. Est-ce à dire que le message chrétien est si bien passé dans notre culture que tous les êtres se sentent libérés en Jésus-Christ ? J’en doute. Si nous ne nous sentons pas condamnés c’est parce que nous avons la sensation de la liberté grâce à de nombreux éléments et notamment les progrès techniques. Mais intérieurement, l’homme n’est pas plus libre et peut-être moins qu’avant. Je me demande si la consommation exagérée de psychotropes en est un signe comme peut-être l’importance des suicides ce qui ne veut pas dire que les autres sont plus libres. Dans notre société, nous sommes souvent dans une ambiance de jugement, les uns sur les autres, un groupe sur un autre et il y a, peut-être celui qui est le plus rude, le jugement de soi-même sur soi-même. Bien sûr, je fais bien la différence entre les appréciations qui permettent de se critiquer et se corriger et les jugements ; et en conséquence, chaque fois qu’on porte des jugements sur soi-même, on mine son être profond. Ce que nous dit Paul, c’est que malgré notre imperfection, au niveau fondamental, « il n’y a plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ ». Pour le dire positivement, notre valeur en tant qu’être est, en Jésus Christ, absolue, immaculée et rien ne peut y porter atteinte ; en conséquence notre liberté est totale. Et ça, c’est un joyau, une perle rare, le plus beau cadeau qu’un être humain puisse recevoir, c’est cela qui nous est donné en Jésus-Christ et que nous nous rappelons chaque dimanche.

Pour que vous puissiez apprécier la profondeur de ce cadeau, regardons d’où cela vient, comment nous pouvons le recevoir et en vivre.

Pour comprendre d’où cela vient, il est nécessaire de percevoir que l’homme Jésus est considéré comme celui en qui l’Esprit de Dieu est totalement présent et en ce sens il est appelé Fils de Dieu ; lui qui est un être de chair a un comportement dirigé par l’Esprit, il est spirituel et non charnel. Il est aussi nécessaire de savoir que le péché est une puissance qui est inhérente à l’humain, constitutive de son être et c’est pourquoi on utilise le terme de chair et charnel pour le caractériser. La puissance du péché utilise tous les moyens, il se sert de tout, notamment de ce qui est a priori bon pour tromper l’humain ; de ce fait c’est une puissance maléfique. Ce qui est bon et dont il se sert, cela peut être comme pour Paul la Loi juive, mais cela peut être pour nous aujourd’hui, la sagesse, la morale, l’amour, l’action humanitaire et même la foi. Avec ces éléments bons, le péché trompe l’humain en lui faisant croire qu’avec cela il peut vraiment affirmer qu’il est, qu’il a de la valeur et du coup il s’y croit ; cela signifie qu’est mis à la place de Dieu, ce qui sert à s’y croire, à ressentir que l’on est vraiment. Entre parenthèse, c’est le piège dans lequel le péché a fait tomber l’église qui s’y croyait, pensait affirmer son être en culpabilisant le comportement humain et chrétien alors qu’il n’y avait déjà plus aucune condamnation en Jésus Christ. Ce fonctionnement du péché est dénoncé, mis en évidence par la présence, les paroles et l’action de Jésus qui est condamné comme pécheur et mis à mort ; c’est pourquoi, Jésus nous est présenté comme n’ayant pas pensé à lui-même ; il s’est offert pour nous; ce fut possible pour lui car il a vécu vraiment dirigé par l’Esprit. Par la proclamation de la résurrection de Jésus, on affirme que Dieu a, comme disent les jeunes, cassé le péché ; cassé ! « Dieu, par l’envoi de son Fils, qui avait l’air d’un homme pécheur, […] a trompé le péché » (1) qui ne cesse de tromper l’homme à l’aide de tout ce qui est possible et notamment de ce qui est bon. « Trompeur trompé, le péché a perdu, à son propre jeu, sa puissance de fascination » (1) et en Christ, nous sommes libérés, nous, du désespoir dans lequel le péché nous entraîne et qui peut être ressenti comme une condamnation. « Il n'y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ ». En effet, c’est le péché qui est dénoncé et condamné et non le pécheur ; au contraire même, le péché condamné, le pécheur est libéré, justifié.

Ce qui nous permet de pouvoir vivre cette libération, cette justification qui nous est donnée, c’est l’Esprit. Si Paul dit que ce qui l’a libéré, est la loi de l’Esprit c’est parce que ce qui l’avait amené à ressentir sa condamnation était la loi de l’Ancien Testament et il oppose ainsi la loi de l’Esprit et de la vie à la loi du péché et de la mort. C’est donc l’Esprit qui nous aide à savoir, ressentir que nous sommes libérés, justifiés, l’Esprit que nous fêtons à Pentecôte et dont on raconte qu’il est descendu sous forme de flamme sur la tête de tous les disciples réunis dans la chambre haute. Est-ce que les jeunes tout à l’heure ont reçu l’Esprit comme les disciples à Pentecôte ? Oui, bien sûr et évidemment non ! Evidemment non parce qu’il ne s’est rien passé, pas de violent coup de vent, pas de flamme, pas de manifestation extraordinaire comme le parler en langue et donc comme le pense quelques communautés pentecôtistes, sans ce genre de manifestation, l’Esprit n’est pas là. Mais aussi oui, ils l’ont reçu mais non pas comme quelque chose qui leur a été donné aujourd’hui et qu’il n’avait pas avant. Je crois profondément que l’Esprit de Dieu est en tout être humain, que cela aussi est inhérent, constitutif de notre humanité mais ce n’est pas pour cela qu’il habite en nous. Je repense à cette histoire qui a été révélée, il y a quelques semaines, et qui s’est passée en Autriche où un homme a enfermé sa fille et les enfants pendant 24 ans. Est-ce qu’on peut dire qu’elle et les enfants habitaient cette maison ? Non, ils y étaient mais il n’y habitaient pas, ils y survivaient. Je crois que c’est un peu comme cela que l’Esprit de Dieu se trouve dans beaucoup trop d’êtres de notre terre. Pour que l’Esprit habite en nous, il est nécessaire de l’accueillir volontairement et consciemment en soi, de lui faire de la place, de lui laisser la liberté d’aller où bon lui semble, d’occuper tout l’espace de notre être, que nous ressentions sa présence à différents moments de notre vie, que nous vivions ensemble en interaction. Si vous les jeunes, vous avez reçu l’Esprit de Dieu aujourd’hui et nous aussi vraisemblablement, c’est que nous lui avons ouvert la porte, nous l’avons reçu comme nous recevons quelqu’un qu’on aime, nous l’avons accueilli, notre être grand ouvert pour qu’il vienne se loger en nous dans une embrassade pleine de tendresse et de vie.

A partir de là, nous pouvons commencer à vivre ce à quoi Paul nous invite : « vous n'êtes pas sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous». Fondamentalement, vivre sous l’empire de l’Esprit signifie exercer une humble hospitalité à l’égard de cette manifestation divine qu’est l’Esprit et par conséquent demeurer dans la vivante intimité du Maître, de Dieu par l’Esprit qui habite en nous. Ce qui va changer en nous est foncièrement « tout » mais apparemment « rien » ; non pas qu’il n’y aura pas de conséquences concrètes, Paul le dit : « c’est la vie et la paix » mais ce ne seront que des conséquences ; elles ne seront pas secondaires mais bien secondes et nous sommes invités à ce que les conséquences soient les plus nombreuses et les plus belles en fonction de nos capacités afin de rendre grâce à Dieu pour ce qui nous a été donné. Ce qui va changer foncièrement, c’est l’orientation de notre vie. Ainsi Paul nous dit « sous l'empire de l'Esprit, on tend à ce qui est spirituel» et vous remarquez qu’il ne dit pas qu’on est devenu un être spirituel mais qu’on y tend. Le terme employé ici signifie « être disposé pour, avoir une manière de penser » et donc, bien plus que les résultats, c’est la disposition d’esprit, de notre esprit qui est fondamentale. C’est cette disposition d’esprit, cette manière d’être qui oriente notre être entier et notre vie ; ainsi avec cette boussole spirituelle, nous ne perdons pas le Nord, nous ne sommes pas désorientés malgré les problèmes de la vie, les difficultés de l’existence ; cela signifie aussi que nous pouvons vivre notre liberté avec responsabilité. Orienté par l’Esprit, nous pouvons toujours continuer à vivre dans la vivante intimité du Maître qui, par l’Esprit, atteste, témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

                                          
 Amen.
(1) François VOUGA dans « ce Dieu qui m’a trouvé », éd. Du Moulin, 1990, p. 78.


Culte de Pâques 2008 sur 1 Co 15,13-17 ; Mc 16, 1-8 ; Mt 28,1-10 ; Ev de Pierre vts 35-44

Chants : 98,1-2 ; 34-04, 1-2-5 ; 34-15, 1-3-4.

1Co 15
13  S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité, 14  et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi votre foi. 15  Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, car nous avons porté un contre - témoignage en affirmant que Dieu a ressuscité le Christ alors qu'il ne l'a pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne ressuscitent pas. 16  Si les morts ne ressuscitent pas, Christ non plus n'est pas ressuscité. 17 Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés.


Mc 16
1 Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l'embaumer. 2  Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. 3  Elles se disaient entre elles: "Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau?" 4  Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée; or, elle était très grande. 5  Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. 6  Mais il leur dit : "Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n'est pas ici; voyez l'endroit où on l'avait déposé. 7  Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : Il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. 8  Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

Mt 28
1 Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre. 2  Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus. 3  Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme neige. 4  Dans la crainte qu'ils en eurent, les gardes furent bouleversés et devinrent comme morts. 5  Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes : "Soyez sans crainte, vous. Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. 6  Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit; venez voir l'endroit où il gisait. 7  Puis, vite, allez dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez. Voilà, je vous l'ai dit." 8  Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. 9  Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur  dit : "Je vous salue." Elles s'approchèrent de lui et lui saisirent les pieds en se prosternant devant lui. 10  Alors Jésus leur dit : "Soyez sans crainte. Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront."


Evangile de Pierre dont nous n’avons qu’un fragment mais qui est attesté dès le 2è s. par Sérapion ; il est daté de la 1è moitié du 2è siècle.
35-44 Or, dans la nuit où commençait le dimanche, tandis que les soldats montaient à tour de rôle la garde par équipes de deux, il y eut un grand bruit dans le ciel. Et ils virent les cieux ouverts et deux hommes, brillant d’un éclat intense, en descendre et s’approcher du tombeau. La pierre, celle qui avait été poussée contre la porte, roula d’elle-même et se retira de côté. Et le tombeau s’ouvrit et les jeunes gens entrèrent. Alors, à cette vue, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens, car eux aussi étaient là à monter la garde. Et, tandis qu’ils racontaient ce qu’ils avaient vu, à nouveau ils virent : du tombeau sortirent trois hommes, et des deux soutenaient l’autre, et une croix les suivait. Et la tête des deux atteignaient jusqu’au ciel, alors que celle de celui qu’ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Et ils entendirent une voix venue des cieux qui dit : « As-tu prêché à ceux qui dorment ? » Et on entendit une réponse venant de la croix : « oui ». Alors ils se mirent à débattre entre eux s’il fallait s’en aller et exposer ces faits à Pilate. Et tandis qu’ils réfléchissaient encore, on vit les cieux s’ouvrir à nouveau, et un homme descendre et entrer dans le tombeau.

Prédication.

Tous les ans, le jours de Pâques, nous lisons un texte qui relate la résurrection de Jésus et aujourd’hui, je vous en ai lu plusieurs parce que j’avais envie de m’arrêter sur ce thème auquel nous ne nous confrontons pas beaucoup du fait de sa difficulté. En christianisme, cela semble évident et certains  chrétiens l’affirment de manière péremptoire mais, pour soi-même ou en face de personnes de la société c’est toujours difficile de dire ce que l’on croit quand on parle de résurrection. Souvent on n’en parle pas pour ne pas être déstabilisé ou ne pas être obligé de prouver un fait qui se serait passé il y a 2000 ans. Ce problème n’est pas nouveau et les textes que j’ai lus le montrent.

L’écrit le plus ancien du nouveau testament et qui en parle est une épître de Paul ; la résurrection était déjà une question et pour Paul, la résurrection du Christ est une nécessité pour la Foi ainsi que le signe que nos péchés sont effacés.

Le 1er évangile écrit est celui de Marc ; il raconte la découverte du tombeau vide par les femmes qui reçoivent d’un ange le message que Jésus est ressuscité, donne rendez-vous aux disciples en Galilée mais les femmes, par peur, ne dirent rien, à personne. La fin de l’évangile de Marc est considéré par les savants comme un ajout dont le but aurait été d’uniformiser les évangiles. Nous ne savons pas s’il y avait une autre fin et si les disciples ont été au rendez-vous.

L’év. de Matthieu nous raconte un événement extraordinaire qui ressemble aux apparitions de Dieu dans l’A.T. que l’on appelle théophanie et qui est déjà inscrit dans la venue des femmes au tombeau puisque le texte nous dit qu’elles ne viennent pas pour autre chose que voir le sépulcre ; mais qu’y a-t-il à voir ? Et alors qu’il se passe des choses extraordinaire, tremblement de terre, ange, pierre roulée, nous aboutissons sur un tombeau vide, Jésus n’y était plus avant que la pierre n’ait été roulée et tout ce qui se passe n’est là que pour montrer au femmes qu’il n’y est plus et qu’il est ressuscité. Ce n’est que plus tard qu’il leur apparaît.

Le récit de l’évangile de Pierre est proche de celui de Mt mais en diffère par le fait qu’est représenté le ressuscité qui sort de la tombe soutenu par les anges et que les témoins sont des personnes neutres ni pour, ni contre les chrétiens.

Nous le voyons là et c’est confirmé par d’autres textes tardifs, au fur et à mesure que le temps passe, il y a une recherche de préciser les détails de l’événement, comme si plus on s’éloigne de l’événement, plus on veut s’en rapprocher par les détails. Nous voyons aussi qu’une question est posée depuis le début et qui est celle de la véracité des faits. Cette question est toujours présente aujourd’hui avec moins de force du fait du temps qui a passé et de la culture scientifique dans laquelle nous baignons. Et pourtant elle est toujours présente car nous sommes aussi modelés par une culture scientifique assez positiviste à nous accrocher à ce qui est vrai. Régulièrement, du reste, on ressort le saint suaire, ce morceau de tissu qui aurait garder l’empreinte d’un visage de crucifié portant une couronne d’épines. Mais est-ce qu’une preuve pourra aider à croire ? Je ne le pense pas. Le théologien H. Conzelmann disait « la résurrection du Christ ne se constate que dans la foi ». Cela signifie que ce n’est pas la résurrection qui nous amène à croire mais la foi qui nous fait témoigner de la résurrection.

Cela paraît évident par la représentation que fait l’évangile de Pierre ; la description du ressuscité soutenu sortant du tombeau    , ressemble plus à un retour à la vie qu’à une résurrection ; pour moi, ressusciter n’est pas revenir à la vie mais transcender la mort et donc passer d’un état de faiblesse à celui de force, passer d’une mort qui domine l’être à une vie qui submerge, subvertit l’être en le faisant passer d’une dimension à une autre.

C’est pourquoi les évangiles qui sont dans le canon des écritures, dans les livres retenus pour faire partie de la bible, ces évangiles ne racontent pas la résurrection comme le fait l’évangile de Pierre qui décrit précisément le ressuscité affaibli mais raconte l’absence du mort pour dire qu’il est complètement vivant ; en effet, le plus important est le témoignage et non les faits, le plus important est ce que je peux dire de l’effet pour moi plutôt que d’affirmer, de certifier, de prouver que c’est authentique.

C’est aussi pourquoi, Jésus n’apparaît jamais à d’autres personnes que des proches qui deviennent témoins avec difficulté car il y a en eux crainte de dire quelque chose d’extraordinaire, d’incroyable et joie fantastique de vivre en lien avec une autre dimension.

C’est pourquoi « confesser la résurrection n’est pas, en première ligne, raconter un événement passé mais bien, foncièrement, une annonce qui s’enracine dans la foi, une foi qui nous ouvre à une force libératrice, renouvelante et espérante en radicale relation à Dieu ».

C’est de cela dont Paul témoigne quand, dans le plus ancien texte chrétien 1Th, il veut rassurer les chrétiens concernant leurs proches qui sont morts ; il dit « 4,13 Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l'ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. (il ajoute qu’au moment de la venue du Seigneur) les morts en Christ ressusciteront d'abord; 17  ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 18  Réconfortez-vous donc les uns les autres par cet enseignement. »  Vous voyez que le témoignage a pour but de permettre aux personnes vivantes de vivre mieux et d’être soulagées d’un fardeau qui leur pèse. Le but de la résurrection est, ici, d’être uni au Seigneur pour toujours, or ce lien est déjà quelque chose d’effectif dans le présent, bien sûr pas de la même manière qu’on peut l’espérer un jour, il est pourtant actuel. La résurrection est donc quelque chose qui nous touche dans notre vie de tous les jours.

C’est pourquoi aussi la résurrection n’est pas considérée comme un retour à la vie, comme celle de Lazare dans l’évangile de Jean qui devra de nouveau mourir, ni même comme un retour à une vie sans limite qu’on pourrait qualifier d’éternelle ; « la résurrection dit l’irruption d’une réalité radicalement différente au cœur du monde ». Le croyant est ainsi mis en lien avec l’au-delà tout en étant dans le monde ; il vit en lien avec le ciel les pieds sur terre. Le théologien Rudolf Bultmann nous rend sensible au fait que « depuis Pâques (la 1è) nous ne connaissons plus le Christ selon la chair ; nous ne connaissons que le kérygme, l’annonce qui interprète sa croix et en fait une parole vivante, décisive pour l’existence de celui qui l’entend ».

La question de ce qui est vrai, importante dans le problème de la résurrection, peut être reposée : ce qui est vrai n’est-ce pas avant tout ce qui a un impact dans notre vie et qui nous transforme ? Ainsi ressort de manière plus forte que c’est le sens qu’on donne à un fait réel ou non qui a un impact et non le fait lui-même ; c’est la compréhension du message, porteur de sens et d’espérance dans notre vie, qui est vrai.  


J’ai parlé deux fois d’une autre dimension et pour préciser cela je dirai que « dire et  croire que Christ est ressuscité, c’est chercher à vivre ici et maintenant en lien avec la transcendance », avec Dieu, donc vivre déjà comme si on était dans le royaume de Dieu ; cela signifie vivre l’amour de Dieu qui me donne mon identité et croire que rien ne pourra jamais nous en séparer ; cela signifie demeurer en lien avec Dieu par la vie spirituelle ; cela signifie que rien n’est définitif, que rien n’est jamais perdu et que mon destin est entre mes mains ; cela signifie que je m’efforce de marcher le plus possible sur le chemin que Dieu m’invite à prendre à la suite du Christ dont l’Esprit me donne la force de toujours renaître. Parler de sa propre résurrection c’est reconnaître que sa vie est liée à cet autre dimension; alors le renouvellement global du monde et la résurrection générale des morts est seulement une conséquence de cette vie au-delà de soi-même dont on espère qu’elle s’étendra à toute la création.

Amen

                                        Guy Balestier - Stengel

Culte du  9 décembre, Evangile de Luc, chapitre 15, versets 1 et 2

« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs »

Esaïe, chapitre 9 versets 1 à 6 ;
Evangile de Luc, chapitre 1, versets 45 à 55 ;
Evangile de Luc, chapitre 15, versets 1 et 2.

Devant l’impossibilité de traiter toutes les pages des quatre Evangiles évoquant les rencontres de Jésus avec des gens de mauvaise réputation, je me suis limité à l’Evangile de Luc dans lequel j’ai puisé plusieurs exemples emblématiques. Il s’agit de quatre personnes, quatre anonymes auxquelles Jésus déclara « ta foi t’a sauvé » :

- tout d’abord, au chapitre 7, verset 50, une femme de mauvaise vie, une prostituée versant des larmes et du parfum sur les pieds de Jésus au cours d’un repas chez Simon le pharisien ;

- ensuite, au chapitre 8, verset 48, une autre femme, malade, considérée comme impure à cause d’une perte de sang, et soignée en vain depuis des années ;

- puis, au chapitre 17, verset 19, un lépreux, samaritain, non seulement impur mais de surcroît étranger, revenant seul sur ses pas pour remercier Jésus alors qu’il avait été guéri par lui avec neuf autres malades ;

- enfin, au chapitre 18, verset 42, un aveugle, mendiant assis sur le bord de la route conduisant à Jéricho, invoquant le Fils de David qui eut pitié de lui et mit fin à son infirmité.

Assurément, ces quatre personnes nous renvoient aux exclus de notre société actuelle.

I : deux femmes :

    Regardons ensemble ces deux femmes, une prostituée et une malade, pour nous souvenir de l’attitude proprement révolutionnaire du Christ à leur égard. En effet, en tête des marginaux du temps de Jésus, il y avait avant tout les femmes. Certes, leur sort est sans comparaison aujourd’hui … du moins en Europe.

Mais dans un certain nombre de pays d’Afrique, du Moyen-Orient, ou d’Asie, leur sort est-il plus enviable qu’il y a 2000 ans ? Et en France même, le machisme, le viol, les femmes battues, les femmes tuées par leur compagnon (plus d’une centaine chaque année), tous ces fléaux doivent inciter les chrétiens à faire preuve d’une vigilance permanente, d’un féminisme qui, loin d’être dépassé, demeure, quoiqu’on en dise d’une brûlante actualité.

En effet, pour quelques femmes sur le devant de la scène dans la vie politique, sociale ou culturelle, combien d’autres sont vouées toute leur vie aux tâches humbles et à l’anonymat ? Et dans la majorité des églises chrétiennes, catholique, orthodoxe et évangéliques, quelle est la place des femmes sinon d’assister le prêtre, le pope ou le pasteur ? Alors même que le Christ dialoguait beaucoup, y compris théologie, avec des femmes, et que ce sont les femmes – dont le témoignage ne valait rien à l’époque - qui ont été les premiers témoins de sa résurrection.

Et en méprisant, en jugeant et en condamnant si souvent les prostituées, en les qualifiant de « filles de joie », que faisons-nous de l’accueil bienveillant que Jésus leur réserva, que disons-nous du système économique et social qui engendre de tels esclavages ?

Que ne disons-nous surtout pas de l’Eglise, qui s’est si souvent prostituée au travers des siècles en pactisant avec les puissants et les riches et en ignorant si souvent la grande majorité des pauvres et des exclus ?

Comme sous les dictatures d’Amérique latine où la plupart des Eglises catholiques avaient retiré de la lecture du Magnificat de Marie ces versets « il a jeté les puissants à bas de leur trônes, et il a élevé les humbles ; les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides. » !

Devant cette grande cohorte de celles et de ceux qui ne sont pas dans la norme pour des raisons dites morales, mais surtout culturelles, que faisons-nous de cette claire et catégorique parole de Jésus : « ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. » ?

En fait, raisons culturelles et sociales vont très fréquemment de pair. Cette femme, considérée comme impure à cause d’une perte de sang, ce lépreux samaritain impur à cause de sa maladie et hérétique à cause de sa foi, cet aveugle dont l’infirmité était considérée comme une malédiction, sont réellement les pestiférés de l’époque, pestiférés dont le Christ s’approche systématiquement.

Mais lorsque ses disciples, dans l’Evangile de Jean au chapitre 9, lui demandent à propos d’un aveugle de naissance si c’est cet homme ou ses parents qui ont péché, il leur répond « Ni lui, ni ses parents, mais c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »

Cette réponse de Jésus, qui rejette radicalement toute conception d’un Dieu qui rendrait infirme ou malade un être humain pour sanctionner ses fautes ou celles de ses parents, cette réponse de Jésus qui montre que l’Eternel ne veut que du bien pour ses créatures, reste à bien des égards révolutionnaire par rapport aux théologies fondamentalistes de toutes obédiences.

Enfin, il est frappant de constater que sur les quatre et seuls cas mentionnés par Luc et où Jésus déclare fermement « ta foi t’a sauvé », trois d’entre eux sont des malades : cette femme, ce lépreux, cet aveugle.

Les malades de toutes sortes remplissent les Evangiles et le ministère de Jésus. Tiennent-ils la même place dans notre vie ? Jésus, lui, dont nous affirmons dimanche après dimanche qu’il est notre maître, notre exemple par excellence, fréquenta essentiellement des malades et des exclus. Son combat doit être le nôtre aujourd’hui.

II : un hérétique :

Ce qui nous intéresse plus particulièrement avec l’exemple du lépreux, c’est qu’il est Samaritain, donc étranger et avant tout un hérétique pour les Juifs de son temps.

Quand dans l’Evangile de Jean le Christ dialogue avec la Samaritaine, il parle non seulement avec une femme, mais aussi avec une étrangère hérétique.

Quand dans la parabole du Bon Samaritain de l’Evangile de Luc Jésus parle d’un Samaritain, il cite en exemple un étranger hérétique.

On ne saurait oublier la place décisive qu’occupe dans la vie et l’enseignement de Jésus le témoignage des hérétiques ni le fait qu’il ait, à plusieurs reprises, exprimé son étonnement devant l’attitude des païens dont il a alors loué la foi. Ainsi par exemple du centurion romain dont il guérit le serviteur : «  je vous le déclare : je n’ai jamais trouvé une telle foi en Israël » (Luc, chapitre 7, verset 9).

Ce païen, cette prostituée du repas chez Simon, cette femme atteinte d’une perte de sang, ce lépreux samaritain, cet aveugle mendiant sur le bord du chemin, n’étaient certainement pas au clair sur la loi hébraïque et n’avaient jamais confessé leur foi dans un credo conforme et détaillé.

Et dans notre monde contemporain, combien d’athées même ne sont-ils pas, par leur vie d’amour, par leur engagement auprès des pauvres et des opprimés, par leur combat pour la justice, plus près de l’Evangile que des fidèles récitant dimanche après dimanche le Notre Père sans en tirer les conséquences dans la vie de tous les jours ?

Et dans la parabole du Jugement dernier de l’Evangile de Matthieu, le Christ reconnaît comme siens non pas ceux qui sont en théorie proches de lui, mais ceux qui en pratique ont nourri les pauvres et accueilli les étrangers…

Je voudrais vous citer cette interpellation du pasteur suisse Roland de Pury extraite de son ouvrage « Job ou l’homme révolté » selon laquelle « on ne peut s’empêcher de penser que Dieu est plus souvent du côté de ceux qui l’attaquent que du côté de ceux qui le défendent, et qu’il est certainement des athées plus proches de la vérité chrétienne que bon nombre d’apologètes chrétiens, et qu’il est des révoltés que Dieu préfère aux membres soumis de ses églises ».

James CONE, qui était le porte-parole des théologiens noirs américains, écrivit à juste titre dans un livre intitulé « La noirceur de Dieu » que « toute théologie dont le point de départ ignore que, dans le Christ, Dieu se montre le libérateur des opprimés, est à la fois invalide et hérétique ».

Cette assertion radicale nous renvoie à ces marginaux de notre société française que sont les sans-abri, les nomades, les sans-papiers, et nous permet de relier notre deuxième partie consacré au lépreux samaritain à notre troisième et dernière partie dont l’aveugle mendiant est le héros.

III : un pauvre.

Cet aveugle, ce clochard, fait partie de l’immense cortège des pauvres, des laissés-pour-compte, des victimes de notre société et de notre indifférence qui peut être complice.

En France, 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon, 2 enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents, d’innombrables personnes âgées restent abandonnées et solitaires. Ces femmes et ces enfants battus n’ont-ils que des voisins sourds ? Ces vieilles personnes n’ont-elles que des voisins aveugles ?

Et journaux, radios et télévisions, plutôt que nous servir de temps à autre un crime sordide, ne feraient-elles pas mieux de dénoncer au quotidien les violences commises au sein des familles ? Plutôt que nous rappeler les vieillards morts par un été caniculaire à cause de carences de la puissance publique, nous rappeler au quotidien que nous avons tous des personnes âgées oubliées près de chez nous ?

Ce qui nous frappe dans l’attitude de Jésus à l’égard des pauvres et des exclus, c’est cette attention constante, cette volonté farouche de ne pas se détourner des malheureux, ce véritable parti-pris en faveur des victimes de l’injustice, des démunis et des blessés de la vie.

C’est pourquoi toute théologie chrétienne est et doit être avant tout une théologie de la libération. Car c’est bien une libération que, par le salut, le Christ apporte à tous ceux qu’il guérit, écoute, rétablit dans leur dignité d’être humain, de personne à part entière.

Le texte du prophète Esaïe lu par Jésus dans la synagogue de Nazareth au début de son ministère proclame la libération des pauvres par le Messie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, et pour libérer les opprimés ».

Et quand, toujours dans l’Evangile de Luc, Jean-Baptiste en prison envoie des émissaires pour lui demander « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus répond « Allez raconter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts reviennent à la vie, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ».

On comprend devant une telle réalité que James CONE ait pu écrire dans le livre déjà cité en commentant ces deux passages de l’Evangile selon Luc : « La réponse aux disciples de Jean, comme le commentaire dans la synagogue de Nazareth, démontre que Jésus a compris sa personne et son œuvre comme l’inauguration d’un âge nouveau apportant la libération aux opprimés et aux malades. Il s’ensuit que toute interprétation qui ne part pas des pauvres et de leur libération est en contradiction avec la présence même de Jésus ».

Oui, ce « Jésus de Nazareth qui passe » comme le dit le récit de l’aveugle mendiant sur le bord du chemin (Luc, 18, 37) est d’abord celui qui regarde les marginaux de son temps et qui ne poursuit pas sa route, mais qui s’arrête.

Et s’il est un thème fréquent dans l’Evangile, n’est-ce pas celui du repas, du banquet, du grand festin illustrant ce Royaume dans lequel tous, les pauvres et les infirmes comme les bien-portants, sont rassemblés par la seule générosité du Christ dont les contemporains disaient « Cet homme fait bon accueil aux gens de mauvaise réputation, et il mange avec eux » ?

Rappelons-nous ces superbes paroles de Jean CALVIN, dans un de ses sermons : « La personne pauvre et méprisée nous renvoie notre propre visage comme dans un miroir. Même si c’est un étranger ou une étrangère venu des confins du monde, il apporte avec lui le miroir qui nous permet de voir qu’il est notre frère et notre prochain ».

Rappelons-nous l’attitude exemplaire du pasteur Wilfred Monod qui, chaque fois que la Sainte Cène était célébrée dans le temple de l’Oratoire à Paris, faisait servir simultanément un grand repas aux pauvres et aux déshérités qu quartier des Halles !

Je voudrais également citer ces mots de Maurice Zundel, extraits de son livre intitulé Morale et Mystique : « au cœur du culte chrétien ce souci de l’être humain est si formellement inscrit que le repas du Seigneur n’aurait plus aucun sens s’il n’était inspiré par cet amour sans frontière qui exige que nous partagions notre pain avec tous les hommes et tous les peuples - en étant les premiers à réclamer et à proposer les réformes économiques indispensables à une juste circulation des biens – pour participer sans sacrilège à la fraction du pain où le Seigneur veut nous rassembler tous comme un seul corps ».

Tant que la Sainte Cène ne sera pas le signe de notre engagement pour une plus juste répartition de nos biens spirituels et matériels sur cette terre où des hommes, des femmes, des enfants meurent de faim par dizaines de milliers, elle sera non pas communion mais désunion, non pas fidélité au Christ mais trahison.

*    *    *

La crèche et la croix, signes de l’incarnation et de l’humanité de Dieu, nous parlent d’un Dieu qui vient d’abord pour les plus faibles, ceux qui sont démunis, pauvres, sans défense, accablés et victimes.

Cette crèche et cette croix, cette vie du Fils de l’Homme qui n’avait pas un lieu où reposer sa tête, ne sont-elles pas le symbole de l’exclu pas excellence ?

Mais depuis 2000 ans, comme s’interrogeait Wautier d’Aygalliers, un des grands pasteurs du temple du Foyer de l’Âme à Paris « peut-on dire, malgré tant de cantiques, de dogmes, de cérémonies sacrées, tant d’églises dont le clocher porte sa gloire jusque dans le soleil, peut-on dire que le Christ a acquis, sur la terre, ses titres de nationalité ? »

Rappelons-nous le récit impressionnant du Jugement dernier dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 25 où le Christ nous dit, s’identifiant avec tous les petits de la terre, avoir eu faim, avoir eu soif, avoir été étranger, avoir été malade, nu ou en prison. N’est-il pas encore et toujours à l’heure actuelle, en la personne de toutes ces petites gens, le plus marginal des marginaux du fait que son Eglise et les chrétiens lui ont été si souvent infidèles?

Je vous pose et je me pose cette question en ayant à l’esprit ces paroles du pasteur Wilfred Monod qui déclarait de sa chaire aux fidèles rassemblés : « Aux yeux de l’Eternel, à l’heure décisive des comptes à rendre, mieux vaudrait avoir vécu sans religion qu’avoir vécu sans amour, mieux vaudrait avoir servi Jésus-Christ sans le nommer, que d’avoir nommé Jésus-Christ sans l’avoir servi ».

Amen

Psaume 72 : 1 à 4
Cantique 31-04
Cantique 46-02 « Seigneur, accorde-moi d’aimer »

Philippe VOLLOT, Saint-Maur le 9 décembre 2007.

Culte du 25 novembre sur 1 roi 19.3-8

Dieu et notre vie :1 Rois 19.3-8

"Élie prit peur et s'enfuit pour sauver sa vie. Il entra dans le désert et après une journée de marche, il se réfugia sous un genêt et demanda la mort, en disant :

- C'est fini ! Maintenant, Éternel, reprends ma vie, car je ne réussis pas mieux que mes pères.

Il se coucha et s'endormit sous le genêt.

Et voici, un ange le toucha, et lui dit :

- Lève-toi et mange.

Il regarda, et il y avait près de lui une galette cuite sur des pierres chauffées et une cruche d'eau. Il mangea, but et se recoucha.

L'ange de l'Éternel vint une seconde fois, le toucha, et dit :

- Lève-toi et mange, car le chemin est trop long pour toi.

Il se leva, mangea et but et avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb."

Le prophète Élie, tout prophète qu'il était, voyait son ministère à Jérusalem complètement ruiné par le roi Achab et la reine Jézabel qui, disciples du Dieu Baal, le menaçaient de mort. Jugeant que sa vie ne valait plus d'être vécue, épuisé dans le désert, il demandait la mort couché sous un genêt.

Et nous, de quoi aurions-nous besoin pour que notre vie ait du sens et vaille d'être vécue ?

On dit que parmi les stands d'un certain marché, il en est un, tenu par un ange qui vend « tout ce dont on a besoin ». Les clients se pressaient :

- Je désire réussir dans ma profession, mon couple, mes enfants, mes parents, mon église. Un truc pour m'arrêter de fumer, de boire. Pour arrêter d'être si égoïste, si négatif, agressif...

Et effectivement l'ange donne des graines, dans de petits sachets :

- Semez-les, arrosez-les, occupez-vous en. Elles poussent très bien.

Mais il ne donne que les graines. Il faut les faire pousser soi-même.

En effet, notre vie n'est pas sans nous.

Il ne sert à rien de consulter les horoscopes, les voyantes, les prévisions de l'INSEE : Rien n'est programmé, rien n'est écrit d'avance, il n'y a pas de destin, il ne faut jamais dire :

- mekhtoub, c'était écrit.

La question qu'Élie aurait pu se poser dans le désert, sous son genêt, est :

- Que peut faire Dieu de ma vie ?

Tout dépend si nous concevons un Dieu intervenant de l'extérieur ou de l'intérieur de notre être.

Cela dépend tellement que nos conversations avec nos enfants, nos parents, nos voisins, tous nos contemporains ne seront pas du tout les mêmes si nous optons pour la première ou pour la seconde possibilité.

Dieu extérieur

C'est la conception selon laquelle Dieu est extérieur au monde, à l'homme. On lui donne les titres de Tout-puissant créateur, de Père, de Seigneur comme on disait sous l'Ancien régime. On dit de Jésus qu'il est le Fils unique de Dieu.

C'est la certitude que notre religion est la vraie.

Que nous apporte une religion objectivement « vraie » ?

. Puisqu'on connaît le vrai Dieu, le vrai Christ, on sait comment il convient de le prier. On sait comment être exaucé.

. On connaît comment se conduire d'une manière qui lui plait, faire le bien et éviter le mal. On connaît les commandements de l'Ancien Testament et les enseignements de Jésus dans les évangiles.

. On connaît sa miséricorde pour le prochain comme pour nous-même. Sa « grâce » comme disent les théologiens, qui est le regard de bienveillance qu'il jette toujours sur nous et sur nos prochains.

. On sait dire : « que ta volonté soit faite », et penser que ce sera bon.

Mais ces belles choses sont aussi très culpabilisantes. Nombreux parmi nous sont ceux qui appréhendent l'idée qu'un Dieu tout-puissant soit, depuis son ciel, témoin de toutes leurs pensées, de toutes leurs actions.

J'ai souvent remarqué que l'on craignait le magnifique Psaume 139 où Dieu fait penser à un inquiétant big brother :

Éternel ! tu me sondes et tu me connais,

Tu sais quand je m'assieds et quand je me lève,

Tu pénètres de loin ma pensée ;

Tu sais quand je marche et quand je me couche,

Et tu pénètres toutes mes voies.

Car la parole n'est pas sur ma langue,

Que déjà, ô Éternel, tu la connais entièrement.

Tu m'entoures par derrière et par devant,

Et tu mets ta main sur moi.

Où irais-je loin de ton esprit,

Et où fuirais-je loin de ta face ?

Si je monte aux cieux, tu y es ;

Si je me couche au séjour des morts, t'y voilà.

Si je prends les ailes de l'aurore,

Et que j'aille habiter à l'extrémité de la mer,

Là aussi ta main me conduira,

Et ta droite me saisira.

Si je dis : Les ténèbres me couvriront,

La nuit devient lumière autour de moi ;

Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi.

Mais ces belles choses excluent nos prochains des autres religions. Un jour où je disais la belle parole de Jean :

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique

afin que quiconque croit en lui ne périsse pas

mais qu'il ait la vie éternelle » (3.16)

une dame m'a dit : alors mon mari qui est juif n'aura donc pas la vie éternelle ?

. Et justement les musulmans polémiquent :

- Dieu n'a pas de fils ! (Ce qui est vrai : Dieu n'a pas de fils comme nous en avons nous-mêmes).

Ils disent aussi que Mahomet, par son « voyage nocturne » a reçu une plus grande gloire que quiconque. N'est-il pas écrit :

Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la Mosquée sacrée (La Mecque) à la Mosquée lointaine (El Aqsa).

Et Mohammed a rencontré dans les ciels successifs Adam, Jean-Baptiste et Jésus, Joseph, Énoch, Aaron, Moïse et Abraham.

Et si nous rétorquons que la gloire de Jésus, manifestée par les anges lors de sa naissance et de son tombeau vide à sa résurrection est très supérieure, nous sommes lancés dans le genre de polémiques puérile des enfants dans les cours de récréation :

- Mon grand frère est plus fort que le tien !

. Les Bouddhistes sourient et répondent que rien de tout cela n'a d'importance ! Lorsque le Bouddha fit ses trois rencontres fondatrices, d'un vieillard, d'un malade et d'un mort il ne trouva la paix que dans la méditation sous le banian où il fut illuminé de l'« éveil ».

. Les agnostiques et les athées sont réticents devant les affirmations doctrinales. On a beau leur dire que nous ne les prenons pas à la lettre, que la Naissance miraculeuse de Jésus, son Ascension ne sont que des images qui désignent des réalités profondes, ils se bloquent et jettent le bébé avec l'eau du bain.

Mais remarquons que l'ange n'est pas venu dire à Élie : « C'est toi qui as raison, c'est bien Yahvé qui est le vrai Dieu et non Baal.. ». Il lui a la nourriture du pain et de l'eau qui signifiait la force de se lever et de marcher, le courage de vivre. Il témoignait de la présence intérieure de Dieu en lui, en nous.

Dieu intérieur

C'est la conception selon laquelle Dieu est intérieur au monde, à nous. Les théologiens disent : le saint Esprit. Ce n'est pas le Dieu de la Justice et de la Loi, ni même le Dieu d'Amour. C'est le Dieu de la Vie.

Paul Tillich disait :

Dieu est en nous, il n'est pas sans nous, mais il est plus que nous.

Jésus-Christ était pleinement ouvert à cette Présence créatrice de vie. Loin de catéchiser ceux qu'il rencontrait et de leur enseigner la nature du vrai Dieu, il leur révélait ce dynamisme créateur qui fait marcher les paralysés et réhabilite les prostituées.

. Courage d'affronter la vie et ses épreuves, ce qui est tout autre chose que d'attendre passivement une intervention surnaturelle du Dieu du ciel. Si la Présence créatrice de Dieu est en nous, on peut vivre. On peut se lever et marcher, comme Élie l'a fait « quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu ».

. Esprit de fraternité universelle, puisque évidemment, les autres hommes, des autres Églises, des autres religions ou même sans religion, reçoivent le même élan vital que nous, qui monte de très profond et dépasse notre entendement et nos espérances.

. Esprit d'écologie, puisque évidemment, les animaux et tout ce qui respire dans la nature en est également redevable, selon qu'il est écrit :

Que tout ce qui respire loue l'Éternel Psaume 150

Dieu n'est pas sans nous. Élie a pu, dit l'histoire, « marcher quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu » mais il a d'abord fallu qu'il se lève et se mette en marche ! Comme les Hébreux ont quitté l'Égypte et traversé la mer Rouge. Comme le paralysé a « pris son lit et est rentré chez lui » Luc 5.26

Cette parole n'est pas celle de l'espoir d'un miracle venu des cieux.

Mais il est plus que nous.

Ce dynamisme créateur est plus que nous.

« il peut faire, par la puissance qui agit en nous infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons » Éphésiens 3.20. Jamais Élie n'aurait cru pouvoir« marcher quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu ».

Ce dynamisme créateur et cette joie de vivre englobe les autres êtres, nature, cosmos. Il nous entraîne dans le grand fleuve de la vie que Dieu anime et où nous ne sommes pas seuls.

Tant il est vrai que nous pouvons, sur ces bases, dialoguer avec nos enfants, nos parents, nos contemporains de toutes les spiritualités car tout le monde est évidemment concerné au plus haut point par le désir universel de vivre.

Élie, avec la force que lui donna cette nourriture se leva et « marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu ».

Amen
Gilles Castelnau

Culte du 20 octobre 2007 sur La parabole du pharisien et du péager (Luc 18, 9 à 14)

Introduction

Dimanche dernier, deux personnages singuliers ont été évoqués durant le culte de partage : le juge inique et la veuve importune. Cette parabole invitait à prier sans se décourager. Le récit sur lequel porte la prédication de ce matin, met en scène deux personnes qui prient Dieu : le Pharisien et le péager. Leur démarche spirituelle est la même, pourtant leur attitude et le jugement de Dieu sont très différents.

Jésus nous dit que le péager, l’homme de mauvaise réputation, est rentré chez lui « justifié », et non l’homme de loi, le Pharisien. N’est-ce pas surprenant ? Luc narre ici une parabole polémique destinée à ceux qui sont convaincus d'être justes et méprisent les autres, les "pécheurs".

J’ai choisi de vous inviter à réfléchir ce matin selon les trois axes suivants : tout d’abord, qui sont ces deux personnages et quelle est la méprise que Jésus cherche à pointer du doigt ? ; ensuite, comment notre prière traduit-elle notre lien avec Dieu et notre prochain ? ; et enfin, comment parvenir aujourd'hui à la conviction que notre prière peut nous "justifier" ?

Le « juste » et l’ « injuste » : leur prière, la méprise

Je commencerai donc ma prédication par une présentation de nos deux protagonistes, le Pharisien et le péager, en cherchant à élucider la méprise que Jésus dénonce.

Du temps de Jésus, les Pharisiens incarnaient le souci de s'imposer une obéissance très scrupuleuse de la loi, et même au-delà de La loi de Moïse. En effet, ils ajoutaient toute une liste d'autres lois encore plus contraignantes, la loi orale, qui devait servir de clôture préservant le fidèle, afin qu'il ne pèche pas contre la loi écrite.

Le Pharisien que nous présente Luc était donc l'homme juif pieux par excellence, sincère dans sa volonté de vivre selon les exigences de la Thora.

Au contraire, les « péagers », encore appelés « collecteurs d’impôts » ou "publicains" incarnaient à l'époque ce qui faisait souffrir le peuple. Bien qu'étant très souvent juifs, ils avaient acheté la charge de collecter, taxes ou impôts, pour le compte de l'occupant romain païen. Toujours soupçonnés de faire payer bien plus cher que les tarifs officiellement prévus, ils étaient considérés comme malhonnêtes et voleurs.

Notre péager était donc un traître à sa nation, collaborateur du pouvoir d'occupation romain, et à ce titre haï par ses concitoyens.

Ces deux hommes nous apparaissent ainsi presque comme des caricatures, l'élite et le paria, le Pharisien impeccable et le péager pécheur. Et pourtant, l’un et l’autre se rendent au Temple, dans un même souci de prier Dieu.

Mais quelle est donc la nature de leur prière ?

La première prière, celle du Pharisien, est une action de grâces. Mais en fait, le pharisien ne rend pas grâce pour ce que Dieu est et fait, mais pour ce qu'il fait, lui. Il se remercie lui-même.

La seconde prière, celle du péager, est une prière d’humiliation. Elle est l’aveu, la confession du péché.

La pratique du pharisien est donc bien réelle, ascétique et scrupuleuse. Mais nous sentons bien que Jésus, au travers de cette parabole, remet en question l'ordre apparemment établi entre un pharisien érigé en modèle et un péager banni pour trahison. Serait-ce lié à la nature et le sens de leurs prières, à la manière dont elles pourraient être reçues par Dieu ?

La prière comme lien avec Dieu et notre prochain

Je poursuivrai donc ma prédication en cherchant à comprendre ce qui, dans la prière du pharisien et du péager, motive le jugement de Dieu, si inique de prime abord.

Dieu se détournerait-il de la rigueur morale de l’homme religieux qui respecte la loi, pour se laisser apitoyer par les jérémiades faciles du profiteur ?

Car le publicain se contente de faire appel à la grâce et à la bonté de Dieu. Il est pardonné sans avoir au préalable réparé ses torts, sans avoir seulement promis de les réparer. Dieu serait-il dupe ?

Nous avons précédemment qualifié la prière du Pharisien d’action de grâces. En réalité, il s'agit plutôt d'un monologue où Dieu ne joue que le rôle d'un témoin à qui l'on demande son approbation.

Mais le pire n’est pas tant la complaisance du Pharisien envers lui-même, que l’esprit de supériorité qui anime sa prière, traduisant son mépris des autres, particulièrement à l’endroit du publicain.

Paul, dans sa Seconde Epître aux Corinthiens, écrit au chapitre 3, verset 6 : « la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre. »

Le Pharisien montre ce qu'il est en vérité : quelqu'un gonflé d'orgueil religieux et spirituel qui n'a pas du tout saisi l'Esprit de la Loi. Il suit la Loi à la lettre, mais n'a pas compris la volonté de ce Dieu dont il se prétend si proche.

Convaincu de n’avoir besoin de rien et d’être tout ce qu’il convient d’être, le Pharisien n’a rien demandé à Dieu. Aussi n’a-t-il rien obtenu.

A l’opposé, le collecteur d’impôts comprend son manquement à son devoir fondamental qui est d’aimer son prochain. Sa prière est une vraie prise de conscience. Il ne cherche pas d’excuse.

Pour illustrer mon propos, je me suis amusée à imaginer la manière dont nos deux protagonistes auraient pu réciter le "Notre Père" en partant du texte réel, puis en en faisant une libre interprétation.

La prière du Pharisien pourrait être :

Mon Dieu à qui je parle souvent
Je me réjouis d'entrer dans ton royaume
D'agir selon ta Loi.
Donne-moi toujours ce que je désire
Efface ma culpabilité, mon égoïsme.
Atténue mon besoin de vengeance.
Epargne-moi les tentations répréhensibles.
Eloigne de moi souffrance et doute.
Je crois en tes miracles pour m'exaucer,
Même si je m'éloigne. Amen


La prière du péager pourrait être :

Mon Dieu si grand et si bon
Que la lumière de ton royaume me touche
Que ta Loi d'amour inspire mes actes.
Donne-moi la confiance en demain
Pardonne les injustices qui me submergent
Donne-moi le courage de pardonner.
Epargne-moi la convoitise
Ote de moi, méchanceté et manipulation.
Car tu es le Père d'amour
Que je prie chaque jour. Amen

Cette interprétation est très personnelle. Mais elle me semble illustrer comment la prière peut faire office de révélateur. Se justifiant lui-même, le Pharisien oublie de prier Dieu de le justifier. Au contraire, le péager, tout en confessant sa distance par rapport à Dieu, est parvenu à rencontrer Dieu.

La prière et la justification

Dans la dernière partie de ma prédication, je souhaite réfléchir avec vous sur la manière dont la prière participe à la justification, et ce que ce terme signifie.

Le péager appartient à la catégorie des pécheurs. Il est conscient qu'il a fait du mal aux autres, qu'il a péché devant Dieu et qu'il ne pourra pas s'en sortir seul. Il ne peut pas aller plus loin. Il aspire à autre chose, il n'a plus envie de continuer ainsi car il sait que sinon, il perdra tout : sa dignité d'être humain, son estime de soi, son peu de confiance et son peu d'amour qui lui reste.

Il ne se réfugie pas dans un repentir masochiste. Il se tourne vers Dieu et fait appel à la grâce du pardon de Dieu.

Au contraire, le pharisien de notre parabole, en pratiquant une ascèse plus exigeante que ce que prescrit la loi écrite, est sincèrement convaincu de mieux glorifier Dieu … Et pourtant, tous ces efforts ne suffisent pas à le rendre juste aux yeux de Dieu.

Comment pourrions-nous  aimer ce pharisien si enfermé dans son intransigeance ? Plus aucune extériorité, ne vient briser l'enfermement sur lui. Il n'écoute plus que lui. Il a emprisonné le monde et Dieu dans son savoir.

Ce dimanche est la fête de la Réformation. Le thème le plus important de la Réforme est justement celui de la justification par la grâce et par la foi en Jésus-Christ. Elle est un don de Dieu, et non le fruit d'œuvres que nous aurions accomplies.

Etre justifié, ce n'est pas devenir juste en "faisant ce qu'il faut pour cela". C'est être regardé par Dieu, comme si nous étions justes.

Dieu exige comme seul commandement d'aimer. Il nous demande d'accepter de nous laisser aimer par Lui, comme des enfants.

Et nous, comment prions-nous ? Tournés vers nous-mêmes ou tournés vers Dieu ? Comment nous laissons-nous aimer ?

Conclusion

En conclusion, il me semble que nous pourrions chacun nous sentir quelque peu scandalisés par cette parabole dans laquelle Jésus déclare justifié un pécheur qui adresse une simple prière à Dieu, et non l'athlète de la Thora qui fait tant de choses.

Jésus nous dit que suffit un simple cri, expression de notre volonté profonde d'être sauvés, de nous ouvrir à Dieu et aux autres, expression de notre confiance en un Dieu bon.

La foi, c'est, nous souvenir que l'amour est la vraie nourriture du cœur humain ; qu'il ne faut pas juger si importante l'admiration des autres, ou de nous-mêmes. Etre aimé vaut bien plus.

La foi, c'est reconnaître la présence apaisante et tonifiante du Créateur ; comprendre certes l'aspect destructeur d'une vie honteuse, mais aussi comprendre combien est asphyxiante, une vie enfermée dans la fière solitude d'une tour d'ivoire. Combien est angoissante et culpabilisante la recherche perpétuelle de la supériorité.

Marcher droitement, c'est marcher avec un cœur qui aime. Et pour être un cœur aimant, il faut d'abord se laisser aimer. Ainsi, être justifié par Dieu, c'est se laisser aimer de Dieu et marcher avec Lui droitement. Tout ce que nous faisons de bien est fait par amour.

Et l'un des rôles de la prière est de creuser en nous ce cœur où l'Esprit divin pourra agir avec nous.

Prions Dieu comme des enfants, soyons simples et sincères. Dieu ne nous demande pas d’accomplir des exploits, mais plutôt de lui faire suffisamment confiance pour nous laisser aimer par Lui et pour Lui demander de recevoir l’essentiel : son amour et sa grâce, qui permettent de trouver la réconciliation de l'être au plus intime de soi.

Nous avons besoin de Toi, maintenant, dans le quotidien de notre existence. Nous voulons ressentir ta présence en notre corps pour rencontrer la paix, la vie, la tendresse.

Amen.

Isabelle Clerc, St Maur le 28 octobre 2007

Culte de rentrée à St Maur le 23 septembre 2007 sur Lc 16,1-9.

1 Puis il (Jésus) dit à ses disciples : «Un homme riche avait un gérant qui fut accusé devant lui de dilapider ses biens. 2 Il le fit appeler et lui dit : "Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer ". 3 Le gérant se dit alors en lui-même : "Que vais-je faire, quand mon seigneur m’aura retiré la gérance ? Bêcher ? Je n'en ai pas la force. Mendier ? J'en ai honte. 4 Je sais ce que je vais faire pour qu'une fois écarté de la gérance, il y ait des gens qui m'accueillent dans leur maison". 5 Il appelle alors, auprès de lui, un par un les débiteurs de son seigneur et il dit au 1er : "Combien dois-tu à mon seigneur ?" 6 Celui-ci répondit : cent jarres d'huile. Il lui dit : Accueille tes lettres (de créance), vite, assieds-toi et écris cinquante. 7 Il dit ensuite à un autre : "Et toi, combien dois-tu ?" Celui-ci répondit : "cent sacs de blé". Il lui dit : "Accueille tes lettres (de créance) et écris quatre-vingt".
 
 Nous voici confronté à une histoire troublante qui n’est transmise que par l’évangéliste Luc. Que peut-on dire de cette histoire pour bien la percevoir dans tous ses méandres ? L’homme riche fait confiance à celui qui a accusé son gérant puisqu’il a décidé de lui retirer sa gérance comme le comprend le gérant lui-même ; elle lui sera retirée vraisemblablement après que celui-ci lui ait rendu ses comptes. Nous ne savons pas si le gérant est vraiment coupable mais parce qu’il ne dit rien et ne se défend pas, nous avons tendance à penser que cette accusation est vraie. Lui ne se pose pas de question, accepte le verdict et réagit pour gérer l’avenir. Comment se reclasser ? Les possibilités que prend en compte le gérant sont assez restreintes mais nous pouvons penser que le but de l’auteur est d’arriver à cette situation que le gérant ne trouve rien d’autre à faire et donc qu’il est devant une impasse. C’est justement parce qu’il est devant une impasse qu’il en arrive dans sa réflexion à trouver cette solution choquante pour le lecteur. Sa solution va amplifier le sentiment que le texte a fait naître dans l’esprit du lecteur : c’est un gérant malhonnête et alors qu’il a un peu de pouvoir, il peut approfondir sa malhonnêteté en essayant d’acheter les clients de son maître, d’en faire ses débiteurs et ainsi espérer qu’il pourra assurer son avenir ou sa retraite puisqu’il n’aura plus de travail. Malgré le fait que cette histoire est un peu simpliste, elle nous laisse perplexe et, ceux qui ne se souviennent pas de la suite, vous devez vous demander pourquoi c’est dans l’évangile de Luc et qu’est-ce qu’on peut bien en faire. Le problème c’est que vous n’avez pas fini d’être surpris car la suite peut être surprenante à première lecture ; on lit :

8 Et le seigneur loua le gérant de l'injustice, parce qu'il avait agi de manière sensée.
En effet, les enfants de ce temps sont plus sensés envers leur génération que les enfants de la lumière.
9 Eh bien moi, je vous dis : faites-vous des amis avec le Mamon (l'Argent) de l'injustice pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

Pour tous les chrétiens, la réaction du seigneur est un surprise car contrairement à ce que l’on attendait, le seigneur porte un regard positif sur l’action de son gérant qui devait rendre ses comptes avant que sa charge ne lui soit retirée parce qu’il avait dilapidé les biens de l’homme riche, son seigneur. Ce qui est assez troublant, c’est que, comme nous l’avons vu, le gérant est condamné par son maître sur des informations dont on ne sait si elles sont justes et qu’au moment où il nous semble évident que les actes négatifs du gérant sur les biens de l’homme riche sont avérés, le seigneur lui dresse une louange pour son action.  Pourquoi tout nous semble-t-il à l’envers ? Pourquoi Luc nous transmet une parabole de Jésus qui est choquante ? 
C’est là qu’il est nécessaire de faire attention aux détails qui peuvent nous permettre de comprendre ce que Jésus a voulu dire et que Luc a voulu nous transmettre.
1er détail qui continue les paradoxes : c’est justement au moment où le gérant est loué qu’il est appelé « gérant de l’injustice » ; avant il n’est pas connoté. De plus, c’est aussi juste après que l’argent est qualifié de « Mamon de l’injustice ». Il y a donc un lien entre ce que fait le gérant et l’argent qu’il utilise.
2è détail : Le gérant est dit avoir agi de manière sensée et il est ajouté juste après que les enfants de ce temps sont plus sensés envers leur génération que les enfants de lumière. D’après les textes du nouveau testament, les enfants de lumière sont les croyants et donc le gérant qui agit de manière sensée est un enfant de ce temps, c’est à dire un enfant du monde qui sait utiliser les moyens de ce monde.

Quand on prend en compte ces éléments alors il me semble qu’on peut mieux comprendre la parabole. La première partie que je vous ai lue est une histoire à part entière. On ne peut rien dire quand à la réalité de la faute originelle du gérant, s’il a ou non dilapidé les biens de son maître mais puisque, de toute façon, il allait être mis dehors, autant qu’il cela lui serve et donc, tant qu’il a encore du pouvoir, il dilapide les biens de son maître à son profit. Cette histoire peut donc nous paraître immoral et pas un exemple à suivre. Comment peut-elle nous servir ? Grâce à la deuxième partie que j’ai lue ensuite et à partir de laquelle nous interprétons toute la parabole. Et cette deuxième partie nous explique que les gens du monde sont beaucoup plus fins et sensés que les chrétiens car ils n’ont pas de scrupules et savent utiliser l’argent à leur propre profit. Mais c’est quoi ce profit ? Et je crois que c’est là que se trouve tout l’enjeu de la parabole. Le profit pour les gens du monde c’est leur propre bien être, leur richesse, assurer leurs arrières comme le fait le gérant ; ce sont ceux qui travaillent pour l’argent et dont l’argent est le but dans la vie ; c’est le profit pour le profit. Par contre, le profit pour les enfants de lumière est de vivre la vie en se construisant une richesse immatérielle, une richesse spirituelle, c’est à dire d’utiliser l’argent comme moyen pour faire du bien et s’enrichir du bonheur de autres, c’est le profit au service des humains ; cette richesse est traduite, dans le texte, par les demeures éternelles ce qui semble désigner le royaume de Dieu, l’au-delà, le banquet eschatologique. En disant cela je reste dans les conceptions de l’époque dans laquelle la parabole a été transmise.

Il y a donc deux manières de comprendre cette parabole à partir de la louange du gérant par le seigneur.
1) Si ce seigneur est le même du début à la fin, alors il y a un problème parce qu’on ne comprend pas sa réaction, sauf peut-être si celui qui loue le gérant représente Dieu; mais alors, au début, pourquoi veut-il que son gérant lui rende des comptes ; c’est qu’il ne se comporte pas comme Dieu l’aurait voulu. D’après la fin, ce que Dieu veut c’est qu’il travaille dans le monde en pensant au demeures éternelles et ce n’est donc pas ce que fait le gérant puisqu’il dilapide les biens de Dieu ; donc dilapider les biens de Dieu signifie agir comme les gens du monde ; on peut alors penser que c’était un bon gérant à la manière du monde. Ainsi quand le gérant change de manière d’agir, l’argent, le profit n’est plus un but mais un moyen ; si on a pu penser qu’il achète l’amitié des débiteurs de son maître, ce n’est pas ce qui est fait puisqu’il n’y a pas de tractation car il n’a aucune sécurité sur l’avenir mais il prend un risque en faisant confiance. Là où il y avait avant le souci de l’économie, il y a maintenant les rapports de confiance, c’est à dire de l’humanité, de la faiblesse et de l’espérance.
2) L’autre manière de comprendre, c’est que le seigneur qui loue le gérant n’est pas le même que celui qui veut lui faire rendre des comptes. Cette louange ne change rien au récit qui n’est pas moral mais elle nous incite à regarder le récit d’une autre manière. En louant le gérant, le seigneur nous dit que quand les gens du monde sont face à la question de la vie, et de la survie, il n’est plus question de profit mais ils vont, tout à coup, revenir à l’essentiel : le lien humain, la solidarité. Malheureusement nous pouvons nous apercevoir que, trop souvent, il faut des coups de bambous pour prendre conscience de l’importance de la relation humaine et souvent du besoin d’espérance, c’est à dire du lien avec Dieu. Les chrétiens sont peut-être assez sensibilisés à cela mais peut-être pas encore suffisamment. Si les enfants de lumière sont moins sensés que les gens du monde c’est vraisemblablement que l’argent était considéré comme une idole dangereuse et cela reste aujourd’hui un danger mais, de ce fait, on n’avait pas envie de frayer, d’être lié avec cette idole dangereuse de peur de tomber dans ses griffes. Ici, il nous est dit que nous pouvons ne pas en avoir peur et l’utiliser comme un moyen : « faites-vous des amis avec le Mamon (l'Argent) de l'injustice pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles».

Si cette parole déculpabilise notre rapport à l’argent et exhorte, avec modernité, à entreprendre dans le monde, ce qu’elle met en visée, les demeures éternelles, n’est plus très pertinent pour nous aujourd’hui. En effet, nous ne vivons pas seulement pour espérer avoir une place au paradis mais aussi parce que nous avons une espérance pour notre vie présente et pour que notre foi s’exerce dans la vie de tous les jours. Je voudrais utiliser une possibilité que nous donne le texte pour actualiser cette exhortation d’utiliser l’argent comme un moyen. Quand les demeures éternelles apparaîtront, il nous est dit que l’argent aura disparu. Alors nous pouvons nous poser cette question : aujourd’hui, dans notre vie terrestre, quand l’argent disparaît-il ? L’argent disparaît quand il ne sert plus à rien, quand il n’a plus de pouvoir ? Est-ce qu’il y a des moments dans notre vie terrestre où l’argent n’a plus de pouvoir et quand cela arrive-t-il ? Cela arrive quand on touche au sens même de la vie et ces moments sont des moments forts, extrêmement forts. Le plus fort est sûrement le moment de la mort c’est à dire le moment où aucune puissance ne peut venir à notre secours mais où il reste le vécu. Ce que vit le gérant dans l’histoire peut être comparé à une mort ou à une question de survie avec ses conséquences. Cependant, il y a bien d’autres moments forts qui sont des moments de vie, des moments où on vit une joie intense, avec nos parents, nos enfants, notre conjoint, nos amis, dans des circonstances qui peuvent être toutes simples comme celles d’effort ensemble, d’amitié profonde, d’amour sublime, d’entraide libérante, d’espérance pour demain, des moments humains, des moments où la joie est si intense que tout l’or du monde ne pourrait acheter ce moment là. Et c’est cela que le texte nous dit afin que nous soyons sensés, que nous donnions du sens à notre vie : « faites-vous des amis avec le Mamon (l'Argent) de l'injustice pour qu'une fois celui-ci disparu, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles» ; il nous dit, là où vous êtes, utilisez le pouvoir que vous donne l’argent pour une joie qui sera toujours aussi intense que votre pouvoir soit tout petit si vous en avez peu ou plus grand si vous en avez beaucoup. Utilisez le pour vivre ces moments de joie intense qui sont sans prix.

Amen
                                                Guy Balestier-Stengel

Culte de la fête de secteur avec les à St Maur le 13 05 07 sur Phi 1.12-26 et la Non Violence ; Gn 9,12-17 ; Mt 5,38-42 ;

Chants : 45 – 21 : trouver dans ma vie ; 31 – 32 : Ils ont marché au pas ; 35 – 19 : Pour que le jour qui se lève.

Si nous avons choisi ce texte pour ce culte, c’est parce que nous travaillons avec les jeunes du secteur sur le thème de la Non Violence et que nous trouvons dans ce texte une situation vivante qui nous invite à réfléchir sur ce thème. Vous avez tous perçu que la situation de Paul est un peu critique : il est en prison à cause de l’évangile, « en captivité pour Christ » dit-il. Nous ne savons pas la raison de ce fait mais d’autres textes anciens font référence à des dénonciations qui aboutissaient, pour préserver la Pax Romana, la paix romaine, à l’exclusion plus ou moins longue des fauteurs de trouble. Nous avons là tous les éléments pour promouvoir la violence ; celle-ci a été exercée contre Paul et l’injustice qu’il vit devrait l’inciter à réagir violemment. D’autre part, il mentionne le fait que quelques uns proclament le Christ avec une mauvaise intention, par esprit de rivalité avec, d’après Paul, le désir de rendre sa captivité encore plus pénible. Pour nous croyant cela pose une question car il nous semble difficile sinon incompréhensible de pouvoir annoncer le Christ par esprit de rivalité et pour rendre les choses plus pénibles.
Quelles que soient les raisons de cette rivalité, elles peuvent être sources de violence : 1) en mettant Paul devant ses contradictions et en l’accusant de lâcheté par rapport à Jésus Christ ; 2) en essayant de provoquer la jalousie de Paul parce qu’ils réussissent à transmettre l’évangile ; 3) en essayant de mettre Paul en colère, parce qu’en prison il ne peut répondre à ceux qui insinuent que sa mise en prison indique qu’il n’a pas transmis l’évangile comme il faut. Comme je vous l’ai dit, tout cela pourrait être des éléments qui introduisent la violence : emprisonnement, injustice, accusation de lâcheté, jalousie, dénigrement et peut-être en arrière plan des questions de pouvoir, de désir, de possession, de peur. Le cocktail est prêt. Et pourtant rien n’explose, la mèche fait long feu ; c’est comme si tout cela glissait sur Paul comme de l’eau sur les plumes d’un canard.
Qu’est-ce qui permet à Paul de ne pas réagir violemment à ce genre de comportement ? Il est vraisemblable que Paul n’a pas de stratégie Non –Violente et pourtant c’est ainsi qu’il agit.
Le fondement du comportement de Paul vient de l’origine de sa foi ; un peu plus loin dans cette même épître, il parle de sa conversion et il nous montre qu’avant il a cherché à être le meilleur juif possible, il a été au bout de la judaïté (lire 3,5-6), ce qu’un des jeunes a traduit par « plus juif que lui, tu meurs ». Et c’est là au summum de son zèle, avec la violence qui l’accompagne, c’est là à l’apogée de son idéal, avec la satisfaction d’être irréprochable, c’est là qu’il découvre le Christ et « considère que tout (et donc tout ce qu’il a été dans son zèle et son idéal(tout cela) est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur », dit-il. La conséquence théologique pour lui, c’est qu’il passe de cette volonté farouche qu’il avait de se construire lui-même une image de juste devant Dieu et par tous les moyens, à un détachement par rapport à lui-même, un abandon de construction de toute image pour recevoir de son Seigneur la justification qui vient de Dieu parce qu’il vit dans l’espérance et la confiance. Il accepte de ne pas être le maître de son propre destin.
C’est pourquoi, Paul semble, ici, complètement détaché de lui-même et de ce qu’il pourrait vivre parce que, d’une part, il vit dans l’espérance et la confiance; et d’autre part, l’important c’est que Christ soit annoncé et c’est cela qui le réjouit. En conséquence, sa vie est complètement ouverte quel que soit ce qui lui arrivera. Dans la confiance, il est prêt à tout vivre parce qu’il croit que cela servira l’exaltation du Christ ; grâce à son espérance mystique, dans la vie comme dans la mort, il est gagnant mais comme tout un chacun il préfère vivre pour être au service de la Parole et de la foi des Philippiens; il est donc disponible. Un des jeunes traduisait cette démarche paulinienne en disant « Si tu crois en Jésus c’est un "bonus for you" ». Face à ce bonus, ce bien suprême que le Christ apporte dans sa vie, que sont les attaques contre lui ?

C’est le moment d’entendre la lettre écrite par les jeunes en réponse à Paul.

« Cher Paul,     Nous sommes heureux de voir que ta foi en Jésus-Christ est toujours aussi forte malgré ta captivité. En ce qui nous concerne, ton message de tolérance nous a bouleversé et nous espérons que ce message pourra toucher les autres jeunes des paroisses. Nous voulons, nous aussi, tenter de diffuser cette parole d’espérance qui accepte l’autre malgré sa différence. Lorsque tu sortiras de prison, persévère dans ton évangélisation mais ne te mets pas en péril, car, en prison,  ce message ne passe plus et beaucoup ont besoin de l’entendre.  Salut Paul. »

La question rebondit car un tel message de tolérance, de non violence peut être compris comme une acceptation passive. C’est une critique qui est souvent faite à la Non Violence parce que depuis toujours et encore aujourd’hui la Violence est associée à des notions comme le courage, l’audace, le risque, la virilité, la noblesse, l’honneur. En conséquence, l’humain peut s’installer dans une pratique violente en perdant  totalement le sentiment qu’il est en contradiction avec l’aspiration profonde de l’humanité. Peut-on, alors, au nom de la non violence tout accepter pour maintenir la paix ? Doit-on accepter toutes les manières de prêcher l’évangile parce que de toute manière, avec des arrière-pensées ou dans la vérité, Christ est annoncé ?
Bien sûr vous ne vous imaginez pas que je répondrai positivement à ces questions. D’abord parce que la Non Violence demande du courage, de l’audace, du risque justement parce qu’elle ne peut tout accepter, qu’elle a une volonté de résister au mal de manière ouverte et dans la clarté et en même temps la capacité de savoir accepter la souffrance sans esprit de représailles, de savoir recevoir les coups sans les rendre parce que le but est de combattre l’injustice, le mal tout en aimant ceux qui les perpétuent.

C’est le moment de lire la deuxième lettre écrite par les jeunes en réponse à Paul.
« Cher Paul,    Nous avons lu attentivement ta lettre. Elle nous a fait réfléchir sur notre comportement envers les autres et nous-mêmes. Si nous arrivons à vivre cela, alors nous serons dans une ambiance de fraternité, de confiance & d’harmonie mais ce n’est pas facile. Heureusement, tu nous as donné l’exemple du Christ  «6 lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. 7 Mais il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes ». Nous sommes liés par la foi & nous sommes motivés, nous avons la volonté de faire les efforts nécessaires parce que nous savons que cela sera bénéfique pour tous. Seulement quand tu parles de souffrance, cela nous inquiète, nous fait peur ; nous ressentons de l’appréhension et de l’angoisse ; nous nous demandons si nous serons assez forts pour cela. Pourtant nous espérons que si nous devons souffrir, nous pourrons affronter, combattre cette souffrance, la surmonter et en ressortir plus fort. Merci de te soucier de nous, de tes prières, de ton affection. Nous espérons avoir de nouveau de tes nouvelles et te revoir.    A bientôt ».

A travers cet observation, de la part de Paul, qu’il serait possible de subir la souffrance, il rejoint les instructions de la non violence ; comme le dit Martin Luther King « celui qui croit en la non-violence a une foi profonde en l'avenir, qui lui donne une raison supplémentaire d'accepter de souffrir sans esprit de représailles » et Gandhi dans la situation dramatique qu’il vivait « Peut-être faudra-t-il que soient versés des fleuves de sang, avant que nous ayons conquis notre liberté, mais il faut que ce soit notre sang », Paul dit dans Phi 2 « 17  Et même si mon sang doit être versé en libation dans le sacrifice et le service de votre foi, j'en suis joyeux et m'en réjouis avec vous tous ». Comme l’ont bien compris les jeunes, le but de la Non Violence comme de Paul n’est pas de souffrir mais de construire le bonheur et la liberté pour tous au risque de subir cette violence mais sans jamais en être l’auteur.
Ce qui est demandé, c’est de prendre sur soi et non de prendre sur l’autre ; nous retrouvons cela dans les deux autres textes que j’ai lu ; l’alliance de Dieu dans laquelle il ne veut plus régler le problème du mal par la violence et l’invitation du Christ de ne pas répondre au mal par le mal. Prendre sur soi et non prendre sur l’autre est quelque chose de très difficile. La force qui permet de marcher sur ce chemin est de deux types : la 1è c’est l’espérance que la foi en Dieu par les paroles du Christ et sa présence qui permet comme Paul le dit d’être toujours gagnant quoiqu’il se passe parce que notre vie parce que notre lien au Christ dépasse tout. Cette espérance est une construction de notre être intérieur dans une démarche de foi, de cheminement intérieur avec l’Esprit de Dieu et le Christ qui dure toute la vie. Le 2è élément de force c’est vous, c’est nous, c’est la communauté dans laquelle nous pourrons retrouver de la fraternité, de la solidarité, de l’entraide spirituelle. C’est ce dont Paul témoigne « je sais que cela aboutira à mon salut grâce à votre prière et à l'assistance de l'Esprit de Jésus Christ » ; c’est dans cette assurance et cette espérance que nous pouvons rendre grâce à Dieu.
                                Amen

Culte à St Maur avec les Jeunes de St Maur sur Rom 14.1-14 ; Mc 3,1-6 ; Ez 20,41-42. Chants 81,1-3-4-7-8 ; 155 ; 734.

Les jeunes, qui sont venus préparer ce moment de culte, ont été confrontés à 5 textes proposés, qui me semblaient être en lien avec la question de la non violence. Ils ont choisi avec une certaine unanimité ce texte de Romains 14.

Il y a plusieurs éléments qui ont fait pencher leur choix et ce sont les éléments du texte qui portent en eux une connotation positive ; en effet, ils ont transmis qu’ils avaient ressenti dans ce texte un notion d’égalité de tous et de chacun devant Dieu, aux yeux de Dieu, comme ils l’ont dit. Il y a aussi les notions de respect, de tolérance et enfin un élément sur lequel on pourrait discuter qui est le fait que chacun soit sa propre règle.

Malgré donc le contexte de l’époque, qui est très différent du nôtre, ce texte nous rejoint dans notre vie de tous les jours, comme si, depuis, il n’y avait pas vraiment eu d’évolution. Dans la vie de tous les jours, même si nous faisons partie de la même communauté, il y a des éléments qui nous différencient et qui pourraient être source de division. Pourquoi ? Eh  bien parce que ces différences, ces scrupules ces partis pris ont vite fait de devenir des oppositions à partir du moment où ils sont stigmatisés et deviennent le fondement du jugement. Et là nous rejoignons le texte de Paul.

Jugement et Violence

Il me semble que dans ce texte, nous ne pouvons pas comprendre la notion de jugement de manière positive ; elle est connotée négativement, ce qui implique une condamnation. Nous le voyons par les termes parallèles employés tels que « critiquer », « mépriser » et aussi par le sous-entendu, auquel Paul s’oppose, qu’il y aurait un certain comportement qui rendrait grâce à Dieu et pas un autre. Ainsi la notion de jugement, telle qu’elle est utilisée dans ce texte, implique le rejet et la séparation. Dans cette compréhension du jugement il y a de la violence car l’autre n’est pas reconnu dans ce qui fait son identité, il est considéré comme étant dans la mauvaise voie et il est mis sur le côté, repoussé.

A la lecture du texte, nous prenons vite conscience que le but de Paul est l’unité de la communauté et de tous ses membres. S’il s’adresse en premier à ceux de la communauté qui ont le moins de scrupules et donc qui ont le plus de liberté, c’est parce que Paul fait partie de ce groupe qui a moins de scrupule et plus de liberté comme nous pouvons nous en rendre compte, notamment grâce au verset 14 « Je le sais, j'en suis convaincu par le Seigneur Jésus: rien n'est impur en soi ». C’est à ceux qui sont les plus proches de lui qu’il s’adresse et leur demande d’accueillir celui qui est dit « faible dans la foi ». Il me semble que l’on ne peut pas comprendre cette formulation « faible dans la foi » comme un jugement de valeur sinon Paul tomberait dans le travers qu’il veut dénoncer, c’est à dire le jugement des uns par les autres. Je pense qu’il faut le comprendre comme un constat qui permet de connaître l’autre, de lui être attentif, de le comprendre et d’établir avec lui une relation qui tient compte de sa personnalité. Ce qui soutient cette compréhension ce sont tous les éléments qui montrent que le croyant, quelle que soit sa foi, est accueilli par Dieu et rend grâce à Dieu par ce qu’il est ; nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’il s’adresse aussi aux autres en leur demandant d’agir de la même façon et par cela, il montre qu’il y a vraiment une égalité dans les devoirs de chacun, les faibles mais aussi ceux qu’il appelle plus loin les forts.

L’appel au non jugement de Paul est une exhortation à la non violence car juger l’autre, même de manière ouverte, en négatif comme en positif, c’est se placer au-dessus de lui, c’est lui enlever sa capacité d’être par lui-même puisqu’on lui donne une identité qui vient de nous. En ce sens, la référence divine est la seule référence possible car elle est au-dessus de toutes et par conséquent elle permet une égalité de chacun. Mais en plus, Paul dit aussi sa confiance en celui qui est le Maître de tous parce qu’il croit que tout concoure au bien de ceux qui sont en Dieu. Et quand j’emploie le mot « bien », c’est le « Bien » avec un grand B, le bien profond, intérieur et non pas les petits biens de tous les jours qui sont souvent l’assouvissement de notre désir ; en même temps le Bien profond , a des répercussions sur la manière de vivre les biens de tous les jours. C’est pourquoi Paul peut dire « 8  Car, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur: soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. » Le jugement auquel Paul invite est donc seulement le jugement sur son action pour qu’elle empreinte de considération de l’autre.

Comment surmonter les différences

Ce n’est donc pas seulement une tolérance qui est une acceptation de l’autre à côté de soi. Paul invite à accueillir et le verbe grec qui est traduit par « accueillir » signifie « prendre en attirant à soi » ; il emploie le même terme pour dire la manière dont Dieu reçoit celui qui agit en relation à Lui. Alors je reconnais que comme disait l’un des jeunes, il suffit d’appliquer ce que Paul demande pour que tout aille bien et que nos relations soient fraternelles, sereines, sans problème.

En fait ce n’est pas si simple que cela d’abord parce que depuis toujours on nous a appris à juger, à faire des catégories, des séparations et tout cela car on croit qu’il y a une vérité et une seule : il est donc difficile de ne plus avoir cette tendance. Ensuite parce qu’on peut se dire que vivre de cette manière c’est refuser le progrès, le changement, la réforme, c’est céder au conservatisme, c’est donner quitus à la tradition et donc ce serait ne pas promouvoir de changement. Non que le changement soit une nécessité mais pour ceux qui, au fond d’eux mêmes, vivent certaines nouveautés comme un progrès, un mieux, pour cela l’attention à tous ceux qui  ont des scrupules, briment leur liberté, l’accueil d’autres qui se sentent rejetés. Comment s’en sortir si chacun a sa propre règle en dehors des règles que la loi du pays nous impose ? Comment s’en sortir pour respecter ceux qui ont des scrupules, vivre avec eux sans les choquer c’est à dire sans les juger mais en les accueillant et en même temps vivre comme on le pense, de cette liberté que nous donne le Christ et qui fait dire à Paul : « 14  Je le sais, j'en suis convaincu par le Seigneur Jésus: rien n'est impur en soi » ?

Il me semble que le résultat d’une telle vie ensemble aboutira à un schisme, une séparation et que, en définitive, avec ou sans jugement, on aboutit à une division. La seule différence c’est qu’il y en a une qui est douce, amiable et l’autre est dure, polémique. Nous en avons des exemples là autour de nous. Dans nos relations œcuméniques, nous avons prévu de lire la bible ensemble à haute voix puisque c’est elle qui nous unit. Nous avons choisi la TOB puisque c’est la traduction œcuménique mais le membres de la Communauté Evangélique Protestante nous ont demandé que ne soit pas lu les deutérocanoniques qui sont des livres qui se situent entre l’Ancien Testament et le Nouveau car, pour eux, cela ne fait pas partie de la bible. Le prêtre a réagi en montrant son agacement. Comme j’avais travaillé ce texte avec les jeunes et que cela n’est pas important, je n’ai pas critiqué ce scrupule. Par contre, le jour où nous avons intégré les musulmans au groupe judéo-chrétiens parce que nous pensions qu’il fallait travailler avec eux pour se connaître et avancer ensemble sur certains points, les personnes de la Communautés évangéliques se sont retirées du groupe inter religieux. Là, je ne pouvais pas céder parce que c’était un refus de discuter avec des êtres humains pour la simple raison qu’ils ne sont pas de St Maur et que leur livre ne s’appelle pas la bible. Ces deux exemples montrent une chose importante qui est de garder toujours le dialogue ; s’il a commencé avec les musulmans, il ne s’est pourtant pas arrêter avec les évangéliques et nous travaillons avec les uns et les autres mais pas au mêmes moments. Nous sommes gagnants sur tous les côtés en accueillant les uns comme les autres et en restant nous mêmes. Ce n’est pas toujours facile. S’il peut m’arriver de vous choquer, surtout n’hésitez pas à me le dire simplement en me disant ce que vous avez ressenti afin de m’aider à savoir quel peut être la portée d’une parole u d’un acte ; en faisant cela, vous ferez passer la fraternité avant toute chose et c’est cela que nous sommes invités, en Christ, à privilégier.

L’évangile ne manque pas d’exemples qui montrent que Jésus a pu choquer des religieux ou d’autres personnes de son temps par une manière d’agir qui, pour eux, causait scandale. Cela a abouti au fait que les chrétiens ont été mis dehors des synagogues à la fin du 1er siècle. Les chrétiens leur ont malheureusement rendu la pareille en pire dans la suite de l’histoire. ce n’est donc vraiment pas facile.

On en revient, du coup, à ce que propose Paul : ne pas juger, ne pas critiquer, ne pas mépriser l’autre dans ses choix et que cela soit réciproque. Si Paul ne